L'immuable ouvrage du vivant – Anse de la Cambrette (Frioul)

Les plongées du Mako – Samedi 18 juillet 2026

Le petit tombant de la Cambrette a la discrétion des lieux qui n'ont rien à prouver. Quelques reliefs, des gorgones, un peu de courant... Le vivant y poursuit son patient ouvrage.


La plongée du jour

  • Site : Anse de la Cambrette – Archipel du Frioul
  • Temps de plongée : 60 minutes
  • Profondeur maximale : 39 mètres
  • Température : 26 °C en surface, 16 °C au fond
  • Visibilité : Bonne
  • Mer : Calme


- Jacques, on va au Nord ou au Sud ?

- Allons au Sud !




Une dizaine de mètres plus bas, nous croisons deux plongeuses que l'on connaît bien.
Elles se sont arrêtées devant quelques magnifiques mérous. Leur enthousiasme est communicatif.  



Nous partageons quelques instants cette rencontre puis glissons plus profond.


Le petit tombant tient ses promesses. Les gorgones sont là, peut-être un peu plus discrètes cette fois. Leurs polypes sont rétractés et quelques filaments blanchâtres s'accrochent encore à certaines branches, derniers témoins des récents épisodes d'algues filamenteuses.


La première surprise est dénichée par mon binôme. Sous un petit surplomb, une étoile de mer lisse étale ses cinq bras avec une élégance tranquille. Une rencontre discrète, mais suffisamment peu commune pour mériter qu'on s'y attarde. Celle-ci semble avoir adopté la position caractéristique de la reproduction.

Quelques centimètres plus haut, une doris tricolore poursuit lentement son chemin au milieu de la foule des organismes fixés.




À l'abri d'un petit surplomb, quelques branches de corail rouge profitent de l'ombre et du courant.


Un peu plus loin, c'est une sabelle qui déploie sa corolle envoutante.


Une branche de gorgone accueille aussi quelques dentelles de Neptune. Ici, chaque support devient un habitat.

Un peu plus haut, un ballet d'anthias mâles. Ils semblent se défier à l'orée d'une anfractuosité de coralligène. Parade amoureuse ou rivalité entre voisins ? Impossible de le dire.
En observant quelques instants, ils sont une dizaine avec leurs nageoires pelviennes surdéveloppées et leur dorsale à rayons d'or.
Il se passe quelque choses dans la tribu des barbiers.


Les gorgones reviennent bientôt occuper tout le paysage.
Les polypes sont toujours refermés et ces petits filaments blanchâtres accrochent encore le regard.

La réalité est une chose.

L'histoire que l'on choisit de raconter à partir d'elle en est une autre.

Ces filaments sont les témoins des récents épisodes d'algues filamenteuses. Je le sais bien.

Mais une idée traverse pourtant mon esprit.

S'ils avaient été pourpres... j'aurais vu là des milliers d'œufs de gorgones. Promesse de vie.

Pendant quelques secondes, j'ai envie d'y croire.

Pas pour nier les tempêtes passées, mais parce que cette histoire là est plus douce à habiter.


Quelques mètres plus haut, la mer répond elle-même à cette rêverie.

Accroché aux branches d'une gorgone, un œuf de roussette.


Un vrai.


Trace des squales. Transmission du vivant.


Par transparence apparaît bientôt la silhouette du jeune requin. Il grandit ici depuis plusieurs mois, suspendu à quelques branches de gorgone avant de rejoindre un jour les fonds méditerranéens.



Plus loin, d'autres capsules sont accrochées aux gorgones. Toutes ne donneront pas naissance à une roussette. Mais celles qui resteront vides nourriront néanmoins d'autres habitants du tombant.
Ici aussi, rien n'est jamais perdu.


La symphonie du vivant, partout, joue sa partition. Immuable, résiliente, au delà du temps des hommes.

La Nature poursuit son patient miracle.



Une simple coquille d'oursin des sables abandonnée.
Pourtant, le dessin qui l'orne semble avoir été gravé patiemment par une dentellière.


Quelques mètres plus loin, un autre oursin poursuit tranquillement son existence.
Vivant, celui-ci.
Ses courtes épines blanches captent la lumière tandis que, lentement, il broute la roche.


Les paliers de fin de plongée sont l'occasion de s'attarder sur les petits habitants du tombant.

Posé sur son promontoire, une minuscule femelle triptérygion compte sur son mimétisme pour passer inaperçue.


L'hervia, elle s'affiche ostensiblement. Elle déploie ses cérates comme une improbable fleur de verre.


Plus loin encore, un bernard-l'ermite avance lentement sous sa maison empruntée. Deux yeux démesurés dépassent de la coquille, curieux de tout ce qui s'approche.


Une dernière rencontre nous attend, presque sous la surface.


Derrière une nuée de castagnoles agitées qui ventilent et protègent leurs nids remplis d'oeufs, un mâle apogon utilise une autre statégie.
Il garde précieusement sa grappe d'œufs dans sa bouche.

Pendant plusieurs jours, il ne se nourrira presque plus. Toute son énergie est ailleurs.







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